Lorsqu’on est enseignant et qu’on est confronté à un élève à Besoins Educatifs Particuliers (BEP), ce ne sont pas les ressources qui manquent, que ce soit sur Internet ou dans des ouvrages théoriques ou pratiques. Cependant, il est parfois difficile de se repérer dans ce flot d’informations, et un grand nombre d’entre vous s’est peut-être déjà demandé  : « et maintenant, par où je commence ? »
Cette série d’article a pour but de présenter globalement un trouble « dys » au travers de cinq points :
• Origines du trouble
• Définition de celui-ci
• Influence du trouble sur les apprentissages
• Repérage du trouble et pose d’un diagnostic
• Lumière sur un outil d’aide

Je fais le choix de ne pas vous donner une liste de pistes pratiques qui pourrait vous faire peur et vous décourager avant l’heure... Simplement un outil que j’ai testé ou vu tester et qui répond le mieux à trois critères : rapidité à mettre en œuvre, efficacité de l’outil pour l’élève, faisabilité dans un groupe classe. Dans tous les cas, lorsqu'un élève est reconnu "dys", l'idéal est de réfléchir à un PAP (plan d'accompagnement personnalisé) contenant l'ensemble des aménagements possibles de sa scolarité.
Cette rubrique reviendra régulièrement, nous espérons pouvoir vous aider à prendre en compte les élèves à BEP dans votre gestion de classe et ne pas « les laisser sur le bord de la route ».

Aujourd’hui, faisons un point sur la dyslexie...

LES ORIGINES DU TROUBLE. Pourquoi certaines personnes sont-elles dyslexiques ?

La dyslexie est un trouble spécifique des apprentissages, plus précisément du langage écrit. Son origine est neurologique : on observe un dysfonctionnement au niveau de l’activation et de la connexion de certaines zones du cerveau. Ainsi, la dyslexie ne se guérit pas : c’est un trouble durable.
Récemment, quelques chercheurs ont également avancé l’hypothèse d’une origine visuelle (Guy Ropars et Albert le Floch) : les personnes dyslexiques auraient une malformation oculaire qui rendrait la discrimination visuelle des lettres plus difficile.
La dyslexie peut également avoir une origine génétique.

DEFINITION. Qu’est-ce que la dyslexie ?

Les élèves dyslexiques ont un déficit de la conscience phonologique. Ils ont des difficultés à analyser les éléments de la parole : entendre les sons composant un mot, différencier des sons proches, manipuler mentalement des sons (enlever/ajouter/substituer des sons, des syllabes).

L’INFLUENCE DE LA DYSLEXIE SUR LES APPRENTISSAGES.

Au niveau du langage écrit :

Cette conscience phonologique fragile empêche les personnes dyslexiques d’être à l’aise avec ce qui est linéaire (repérage dans le temps, dans les séquences par exemple) et impliquant des codes (donc la reconnaissance des lettres et des chiffres). Leur lecture est lente et présente des erreurs :
•  Ils ont du mal à découper un mot en syllabes (on dit « ba-na-ne » ou « ban – a – ne ? »)
• Ils font beaucoup d’inversions au niveau des lettres, des mots, des syllabes
• Ils remplacent un mot par un autre de même sens ou proche visuellement (rien/rein).
Ces difficultés se répercutent souvent sur l’écriture et c’est pourquoi la dyslexie est souvent associée à la dysorthographie. Les élèves font des erreurs :
• de copie
• de retranscription des sons, des syllabes
• grammaticales : ils font difficilement les accords, ils découpent arbitrairement les mots (« un navion », « long temps »).

La dyslexie peut aussi freiner la mémorisation au niveau sémantique, c’est à dire que les personnes dyslexiques retiennent peu ce qui est dit, mais davantage ce qui a été « vécu » (mémoire épisodique).
→ Il peut être difficile pour eux de mémoriser l’orthographe lexicale d’un mot : ils ne le reconnaîtront pas au premier coup d’œil.

Dans certains cas de dyslexie, on peut également observer un trouble de différenciation visuelle. Imaginons une poêle : que vous la regardiez à l’endroit, à l’envers, tournée vers la gauche ou la droite, cela reste toujours une poêle. Certains dyslexiques font de même avec les lettres : si on prend les lettres b, d, p, q, elles peuvent apparaître comme un même objet tourné dans des sens différents. Certains dyslexiques parlent parfois de « lignes qui dansent » tellement ces lettres provoquent la confusion dans leur esprit.

La différence entre ces deux lignes : l’une est la représentation d’un objet, qui restera toujours le même quel que soit son orientation ; L’autre est la représentation d’un code, avec 4 signes bien distincts.

Chaque personne étant différente, il existe plusieurs types de dyslexie, variant en fonction de ces précédents facteurs :
• La dyslexie phonologique est plutôt liée à un déficit de la conscience phonologique. L’élève aura du mal à décoder (voie d’assemblage touchée), mais sera capable de mémoriser les mots qu’il fréquente le plus souvent.
• La dyslexie de surface, à l’inverse, est davantage liée à une faible mémorisation du lexique (voie d’adressage) : l’enfant pourra déchiffrer un texte mais ne reconnaîtra pas globalement les mots les plus fréquents. Sa lecture peut donc être correcte, mais ânonnée.
• La dyslexie mixte touche à la fois la voie d’assemblage et la voie d’adressage. L’élève aura des difficultés à déchiffrer et à reconnaître rapidement les mots fréquents.
• La dyslexie visuo-attentionnelle enfin est liée à un déficit de discrimination visuelle et à un manque d’attention.

Dans les autres apprentissages :

L’influence de la dyslexie sur les apprentissages diffère selon les personnes et le type de dyslexie. Dans la plupart des cas cependant, les dyslexiques apparaissent souvent fatigués ou distraits, ils peuvent avoir une réputation de « paresseux» et peuvent finir par manquer de confiance en eux.
En revanche, ils s’expriment généralement bien à l’oral et montrent de bonnes compétences dans d’autres domaines.

Quelques personnes pensent le déficit de discrimination visuelle comme un atout. Pour Ron Davis par exemple (qui a créé une méthode inspirée de ses observations), il existerait un « don de dyslexie » : les personnes dyslexiques auraient la capacité de se représenter les objets en 3 dimensions, de les manipuler mentalement pour les faire tourner. Ils feraient donc de bons ingénieurs ou architectes.

LE REPERAGE DU TROUBLE ET LA POSE D’UN DIAGNOSTIC

Des difficultés de lecture telles que la lenteur ou la confusion de lettres ne sont pas forcément signes de dyslexie. Il est très fréquent et normal, pour des élèves de cycle II, de faire ce type d’erreurs. C’est la persistance de ces difficultés dans le temps qui peut vous alerter. On ne peut parler de dyslexie que si l’élève a deux ans de retard d’apprentissage en lecture, ce qui explique que le diagnostic soit rarement établi avant le début du CE2.

Avant, on pourra suspecter cette dyslexie, et, bien sûr, mettre en œuvre une différenciation pour ces élèves, mais vous ne devrez pas utiliser le mot « dyslexie » car c’est un terme médical. De premières investigations peuvent être menées par l’enseignant de la classe, l’enseignant du RASED ou un médecin scolaire.

Pour faire reconnaître une dyslexie, l’enfant doit passer un certain nombre de bilans, notamment chez un orthophoniste, un psychologue et un neuropédiatre. D’autres bilans peuvent se rajouter. Il est en effet délicat de déceler une dyslexie car il s’agit d’un diagnostic par élimination : la personne ne doit pas avoir de déficit intellectuel (retard mental), sensoriel (problèmes de vue, d’ouïe), d’élocution (bégaiement…) et ne pas être allophone (personne dont la langue française n’est pas la langue maternelle). Ainsi, l'environnement social ou affectif ne peut être à l'origine d'une dyslexie.

LUMIERE SUR UN OUTIL D’AIDE...
LireCouleur ©

Comme je le disais précédemment, vous ne manquerez pas d’idées pour aider un élève dyslexique en fouillant sur Internet. De nombreuses méthodes, plutôt utilisées en dehors de l’école existent également : Méthode Davis, méthode de Lisbonne…

Je  vous  propose  ici  un  outil  qui  me  semble  bien  adapté  aux  élèves  dyslexiques  et qui  est  assez  facile  à  mettre  en  place.  Et  cerise  sur  le  gâteau,  il  vous  sera  aussi utile  pour  tous  les  élèves  ayant  des  difficultés  de  lecture,  ou  en  apprentissage.  En général,  on  préconise  d’utiliser  au  maximum  l’oral  pour  les  élèves  dyslexiques,  mais un  moment  arrivera  toujours  où  ils  se  retrouveront  en  situation  de  lecture.

Cet outil s’appelle LireCouleur © . Certains ont peut-être utilisé une version semblable qui s’appelle « coupe-mots » (contenue dans un pack DysVocal), cette dernière étant payante désormais, je préfère vous proposer l’option gratuite  ;)

LireCouleur © est une extension que vous pouvez installer sur un logiciel de traitement de textes (Open Office, LibreOffice…). Elle vous permet de modifier des textes pour les adapter à des élèves en difficulté de lecture. Voici quelques exemples ci-dessous :

Personnellement, j’utilisais principalement l’option « syllabes en couleur » qui permet à l’élève de savoir comment découper le mot avant de le lire et lui indique les lettres muettes. Le but étant, au fur et à mesure des années, de passer certains mots mémorisés globalement en noir, pour apprendre à se passer peu à peu de l’outil.

Si vous n’avez pas de photocopieuse couleur, pas de problème : vous pouvez marquer les syllabes par des « cuvettes », ou des phonèmes particuliers par nuances de gris et styles d’écriture différents.

Cet outil vous permet également de mettre en valeur certains phonèmes, que vous aurez sélectionnés dans « configuration LireCouleur » :
Ici pour exemple, le son /on/ :

Pour éviter les confusions, vous pouvez aussi paramétrer les lettres ou phonèmes proches pour qu’ils apparaissent avec des couleurs différentes, par exemple pour les lettres b, d, p, q :

Les plus :

  • Vous pouvez personnaliser votre texte au maximum en quelques clics : couleurs ou non, taille de la police, forme du texte, phonèmes étudiés…Vous pouvez être sûr que l’outil pourra aider un élève à un moment ou à un autre.
  • C’est une extension qui peut être rajoutée à votre logiciel de traitement de textes et non pas un logiciel indépendant : vous gardez donc certaines habitudes de travail liées à votre traitement de textes.
  • Le menu principal est très clair, on se familiarise avec l’outil rapidement.

Les moins :

  • Si vous souhaitez utiliser un texte déjà photocopié, vous êtes obligés de le recopier...Pourquoi ne pas en profiter pour moderniser vos fiches de lecture pour le reste de la classe !
  • Malheureusement l’extension n’est téléchargeable que sur Open Office, LibreOffice, Ooo4Kids/OooLight...mais pas sur Word.
  • Il peut parfois rester de petites erreurs au niveau des lettres muettes ou du découpage des syllabes, une vérification peut être nécessaire.

Depuis quelques temps, il existe des livres spécialement imprimés pour les élèves dys, reprenant le système de syllabes en couleurs alternées. Vous pouvez par exemple consulter la page "Dyscool" de Nathan : http://dyscool.nathan.fr/ ou la série "le club des Dys" chez Flammarion.