LES ORIGINES DU TROUBLE. Pourquoi certaines personnes sont-elles dyspraxiques ?

Comme les autres troubles "dys", la dyspraxie a une origine neurologique.
On peut distinguer deux origines pour ce trouble :

  • la dyspraxie lésionnelle, acquise à un moment de la vie, plus ou moins localisée au niveau du cerveau. Une personne peut devenir dyspraxique suite à un AVC, un traumatisme crânien, une naissance prématurée…
  • la dyspraxie développementale. La personne naît avec un dysfonctionnement cérébral dans la zone du cerveau responsable de la motricité.

La dyspraxie touche 4 à 6 % des enfants entre 5 et 11 ans, et bien plus les garçons que les filles. Le risque d’être dyspraxique est également plus important si l’enfant est né très prématurément.

DEFINITION. Qu’est-ce que la dyspraxie ?

La dyspraxie est un trouble d’ordre psychomoteur provoquant un manque de coordination des mouvements et des difficultés à planifier et adapter ses gestes pour réaliser une action. Pour une personne dyspraxique, il est difficile d’automatiser certains gestes.
La dyspraxie peut aussi être appelée trouble du développement de la coordination (TDC).

Il existe plusieurs types de dyspraxie, selon qu’elle touche plutôt la motricité globale, ou des gestes plus précis. En voici quelques exemples :

  • La dyspraxie constructive, quand il est difficile d’assembler des objets (jouer aux Legos, bricoler…)
  • La dyspraxie visuo-spatiale, quand la personne a du mal à suivre un objet des yeux ou le fixer, ce qui entraîne des difficultés à se repérer dans l’espace (en deux dimensions et en trois dimensions).
  • La dyspraxie orofaciale, quand les mouvements de la bouche sont peu contrôlés : difficulté à parler, siffler, souffler, déglutir…
  • La dyspraxie de l’habillage, quand il est difficile de faire ses lacets, boutonner sa chemise, monter son manteau jusqu’aux épaules…
  • La dysgraphie dyspraxique, quand la personne n'arrive pas à écrire lisiblement (tenue du crayon, repérage dans la feuille...)
  • ...

La dyspraxie est, dans certains cas, associée à d'autres troubles : déficit de l'attention et de la concentration, dysgraphie, dysorthographie ou dyscalculie.

L’INFLUENCE DE LA DYSPRAXIE SUR LES APPRENTISSAGES.

Au niveau de la motricité et de l'attitude générale :

Ce qui frappe au premier abord chez un enfant dyspraxique, c'est son extrême maladresse. Il sera incapable de réaliser certains gestes, même en faisant de gros efforts et en s'y reprenant à plusieurs fois. Un bon nombre de gestes du quotidien peuvent le freiner : boutonner son manteau, faire ses lacets, coller des gommettes, tenir son crayon, tenir sa règle sans bouger, couper sa viande, éplucher un fruit, faire du vélo, fermer une porte...Comme s'il essayait à chaque fois pour la première fois, sans que cela ne devienne jamais automatique. Il n'est pas à l'aise pour courir, sauter ou lancer un objet.

Par conséquent, l'enfant touché par ce trouble va très vite fatiguer. Il met toute son énergie dans des mouvements qui peuvent paraître simples, ce qui a tendance à monopoliser la plus grande partie de son attention. Il travaille avec lenteur et semble distrait.

Dans la plupart des cas, il a de grandes difficultés à organiser son travail, au niveau matériel, spatial, ou pour planifier des tâches : il peut "farfouiller" des heures dans sa trousse à la recherche du bon crayon, fait régulièrement tomber ses affaires (lui aussi se passerait du doux son de la règle en aluminium touchant le sol), n'arrive pas à utiliser un compas, une gomme... Il ne sait pas toujours comment bien poser son cahier à plat sur sa table, le maintenir d'une main en écrivant de l'autre...préparer son cartable, ranger des feuilles dans un trieur ou un classeur, comprendre le fonctionnement d'un cahier de textes...

Au niveau de du langage écrit (lecture/écriture) :

Ces difficultés motrices influencent en général les écrits de l'enfant. Comme il est peu habile, son écriture est difficile à lire : les lettres sont mal formées ou ne sont pas à la bonne hauteur, il ne suit pas les lignes, il fait des ratures.
Dans le cas de dyspraxie visuo-spatiale, l'élève a du mal à contrôler son regard et se repérer dans l'espace. Son apprentissage de la lecture et/ou de l'écriture peut être freiné : il saute des lignes ou des pages, ne sait plus où il en est, peut mémoriser plus difficilement un mot globalement...
Il peut avoir du mal à recopier un écrit, surtout si celui-ci est éloigné de lui et dans un autre plan (exemple typique : recopier un écrit du tableau). Certains gestes graphiques peuvent aussi le bloquer : les obliques des lettres "bâton" ou l'écriture cursive notamment.
C'est pourquoi dans beaucoup de cas, la dyspraxie est associée à la dysgraphie (trouble empêchant d'écrire lisiblement).

Au niveau des mathématiques :

La géométrie est une activité difficile pour un élève dyspraxique car elle est basée sur des compétences qu’il maîtrise peu : tenir et utiliser du matériel à bon escient (règle, compas), se repérer dans l’espace pour recopier ou tracer une figure, fabriquer des objets en volume...Dans ce cas, un logiciel de géométrie peut être un bon moyen de contourner certains problèmes. Il existe également du matériel spécialement pensé pour les dyspraxiques. Si celui-ci ne vous est pas abordable, vous pouvez conseiller un matériel classique mais avec un bouton de préhension et des antidérapants (tige en caoutchouc pour les règles par exemple).
Un autre obstacle qui peut se présenter à l'élève dyspraxique concerne la numération de position : dans une opération en ligne, il ne lui sera pas évident d'associer ensemble les unités, dizaines, centaines...S'il doit poser l'opération en colonnes, il aura des difficultés à aligner correctement les c, d, u. Dans quelques cas, la dyspraxie peut entraîner une dyscalculie. Pour aider l'élève de manière simple, même si cela ne résoudra pas tout, vous pouvez utiliser des couleurs (ex : unités en vert, dizaines en bleu, centaines en rouge...). D'ailleurs, en règle générale, les couleurs aident beaucoup les dyspraxiques à se repérer.

Bien sûr, un élève dyspraxique ne présentera pas forcément toutes les caractéristiques exposées ci-dessus. La très grande maladresse et les difficultés à s'organiser dans l'espace-temps peuvent être deux éléments pouvant vous interroger.

LE REPERAGE DU TROUBLE ET LA POSE D’UN DIAGNOSTIC

Si vous avez suivi cette série, vous aurez repéré des similitudes dans le diagnostic des "dys". Les diagnostics se font toujours pas élimination, et il en va de même pour la dyspraxie. La personne dyspraxique ne présente ni déficit mental, ni causes psychologiques ou sociales, ni handicap moteur...L'enfant dyspraxique est capable de bien s'exprimer (sauf dans le cas d'une dyspraxie oro-faciale), de poser des questions, d'apprendre avec plaisir et efficacité, ...

On ne guérit pas de la dyspraxie, il s'agit d'un trouble durable. Certes, on pourrait se dire que la maladresse est durable aussi (j'en sais quelque chose, étant le pendant féminin de Pierre Richard), mais cette maladresse ne se présentera que dans certains cas précis, sans empiéter sur l'apprentissage de la lecture, des mathématiques ou de l'organisation par exemple. De même, il est normal que des enfants de primaire aient du mal à s'organiser, cela ne veut (heureusement) pas dire qu'ils sont dyspraxiques.

Pour faire reconnaître une dyspraxie, on pourra orienter vers un médecin traitant puis vers un psychomotricien et/ou un ergothérapeute. Ceux-ci pourront évaluer l'importance des difficultés liées à la motricité. Pour que le trouble soit diagnostiqué officiellement, l'enfant devra voir un neurologue. Toujours pour écarter certaines possibilités, des bilans chez un orthoptiste ou un ophtalmologue, un orthophoniste, un médecin ORL, un psychologue, etc. peuvent être demandés.

Le diagnostic de dyspraxie peut être fait à partir de 4-5 ans dans le meilleur des cas, mais plus généralement autour de 8 ans, le temps d'avoir fait les vérifications nécessaires...

LUMIERE SUR UN OUTIL D’AIDE...les lignages en couleur

Tout d'abord, si vous souhaitez en apprendre plus sur le sujet, je vous conseille vivement le site de la Fédération "Dyspraxiques mais fantastiques" (FDMF) qui regroupe un grand nombre d'informations et est facile d'accès : https://www.dyspraxie.info/

Je rappelle que le but de cette série sur les "dys" est de proposer un seul outil, qui soit rapide à mettre en œuvre, efficace pour l’élève, et faisable dans un groupe classe. Il ne s'agit pas d'un outil révolutionnaire : quelle que soit la "dys", pour que des résultats efficaces soient visibles, il est nécessaire de réfléchir entre parents, enseignants et partenaires du monde médical, à un projet adapté à l'enfant. L'outil que je vous propose est un outil "de départ".

Il s'agit du lignage en couleurs, créé au départ pour les dyspraxiques, mais qui aidera n'importe quel autre élève. Le principe est d'attribuer une couleur-repère et un nom aux principales lignes d'écriture afin d'aider les élèves à se repérer dans la feuille et à former correctement leurs lettres, avec un code plus parlant. J'ai repéré deux méthodes différentes :

Le lignage "feu-terre-herbe-ciel"

Image provenant du site maitrefrancois.com

La ligne de base est la ligne de terre (marron) sur laquelle reposent les lettres (elles ont les pieds sur terre!). Elles peuvent ensuite descendre jusqu'à la ligne de feu, ou ligne rouge ; et/ou monter jusqu'à la ligne d'herbe (verte) ou la ligne de ciel (bleue).

Le lignage "ciel-fleurs-herbe-terre"

Le principe est globalement le même, sauf que les lignes "herbe" et "terre" sont décalées par rapport au lignage précédent (visible sur http://cabergo74.fr/). On n'utilise plus dans ce cas la "ligne de feu" qui peut avoir un nom anxiogène pour les enfants. Ce lignage permet aussi d'introduire une autre notion, celle des "chemins" : il existe le "chemin du ver de terre", le "chemin de la souris" et le "chemin des oiseaux".

Quelle que soit la méthode utilisée, celle-ci aidera l'élève de cycle 2 à mieux former ses lettres dans un premier temps. Mais pourquoi ne pas l'utiliser ensuite pour définir d'autres repères? Quelques exemples :
- définir sur la table de l'élève un chemin bleu, un vert et un marron pour l'aider à placer ses affaires (ma trousse dans le chemin bleu, mon cahier dans le vert...) ;
- introduire les mêmes repères de couleur sur le tableau et sur la feuille de l'élève, pour lui donner des repères pour la copie.
- utiliser la même graduation de couleur en numération : les unités en marron, les dizaines en vert, les centaines en bleu...
Ce ne sont que des propositions, qui peuvent fonctionner ou non, à adapter en fonction des élèves...