LES ORIGINES DU TROUBLE. Pourquoi certaines personnes sont-elles dysphasiques ?

Tout comme la dyslexie, l'origine de la dysphasie est neurologique : elle est provoquée par de petites anomalies et/ou des perturbations de l'activité électrique au niveau du cerveau. Il n'existe pas encore d'explication scientifique sur ce qui cause ces anomalies. Elle peut soit être une dysphasie de développement (innée, de naissance), soit une dysphasie acquise à la suite d'un accident ou d'un traumatisme.
Dans certains cas, la dysphasie peut avoir des causes génétiques. Il n'existerait pas un gène spécifique à la dysphasie, mais une certaine combinaison de gènes pourrait augmenter les probabilités d'être dysphasique.
On estime à environ 4 à 5% les enfants présentant ce trouble, 1% pour la forme la plus sévère. Elle touche davantage les garçons que les filles.

DEFINITION. Qu’est-ce que la dysphasie ?

La dysphasie est un trouble spécifique des apprentissages, plus précisément du développement de la parole et du langage, ce qui peut gêner voire empêcher la communication avec son entourage. On distingue deux types de dysphasie :
- Les dysphasies d'émission : l'enfant a des difficultés à s'exprimer à l'oral (au niveau de l'articulation, de la syntaxe, du choix des mots) mais il comprend bien ce qu'on lui dit. C'est le type de dysphasie le plus fréquemment rencontré.
- Les dysphasies de réception : l'enfant ne comprend pas ce qui lui est dit oralement, mais peut communiquer par d'autres moyens (gestes, images...). Cette forme de dysphasie est plus sévère mais rare.

L’INFLUENCE DE LA DYSPHASIE SUR LES APPRENTISSAGES.

Au niveau du langage oral :

Quel que soit le type de dysphasie, plusieurs aspects du langage oral sont touchés :

  • La phonologie : la personne dysphasique a du mal à percevoir et analyser les sons de la parole.
  • La syntaxe : il fait des erreurs de construction de la phrase.
  • La sémantique : la compréhension du sens des mots est fragile.
  • Il est également difficile pour ces personnes d'adapter leur communication en fonction du contexte (registres de langue, vocabulaire...)

Les conséquences sur les apprentissages varient ensuite en fonction d'une dysphasie d'émission ou de réception.

Dans le cas des élèves ayant une dysphasie d'émission, on va repérer davantage de difficultés à s'exprimer à l'oral. L'élève va mélanger les sons ou les syllabes à l'intérieur d'un mot (un "pianer" et un "panio" par exemple). Il cherche ses mots, ce qui entraîne des pauses fréquentes dans son discours, et il a tendance à utiliser un mot général ("truc", "machin", "chose") ou pointer un objet pour le désigner. Il remplace aussi souvent un mot par un autre de sens proche ("un pull" pour "un T-shirt"). Il lui est donc difficile de définir des concepts, des idées abstraites, d'expliquer son raisonnement... Il parle par phrases courtes, avec une syntaxe qui peut être déroutante : verbes conjugués de manière atypique ou à l'infinitif, au mauvais endroit dans la phrase, ... Certains élèves peuvent parfois parler en écholalies, c'est à dire qu'ils répètent les derniers mots prononcés par leur interlocuteur.

Pour les élèves ayant une dysphasie de réception, c'est la compréhension orale qui est difficile. Ils manquent de vocabulaire, et tous les mots abstraits leur posent problème, en particulier les mots des question (qui, quand, comment...) et le vocabulaire spatio-temporel. Ils ont donc du mal à comprendre les phrases longues ou complexes, les consignes avec une double tâche, les inférences...

Au niveau du langage écrit :

L'élève dysphasique ayant une conscience phonologique fragile, il aura du mal à analyser les sons de la parole pour les retranscrire à l'écrit : associer un son à une lettre ou un graphème, par exemple.
Comme il ne prononce pas toujours correctement les mots ou fait des erreurs de syntaxe, ces erreurs vont également se retrouver dans ses écrits.
Un élève dysphasique de réception peut avoir du mal à comprendre un texte lu à voix haute ou écrit.

Au niveau de la logique et des mathématiques :

La dysphasie s'accompagne parfois de troubles de la représentation spatiale et temporelle : se représenter le temps qui passe (ou comprendre le vocabulaire du temps), prendre conscience de son corps et de l'amplitude de ses mouvements, respecter un ordre séquentiel (ordre et sens des lettres, comprendre le rôle de la position des chiffres dans un nombre...). D'autres difficultés en maths sont causées par le retard de langage, comme apprendre le nom des nombres particuliers (de 11 à 16 et de 70 à 99), écrire des nombres sous la dictée ou les lire.

L'influence de la dysphasie sur le comportement :

La dysphasie peut avoir des répercutions sur le comportement : comme l'élève n'arrive pas à exprimer ce qu'il ressent ou à communiquer efficacement à l'oral, il va davantage agir plutôt que prendre la parole. Certains explosent de colère quand ils ne sont pas compris, d'autres cherchent plutôt à s'isoler pour éviter des moqueries. Ce sont aussi des enfants qui peuvent paraître inattentifs.
La dysphasie perturbe donc, dans un bon nombre de cas, les interactions sociales.

LE REPERAGE DU TROUBLE ET LA POSE D’UN DIAGNOSTIC

Il est fréquent de rencontrer des élèves avec des retards de langage. Tout comme pour la dyslexie, c'est la persistance de ces difficultés dans le temps qui doit alerter. Un retard de langage peut être corrigé, pas une dysphasie : il s'agit d'un trouble durable.
En général, on conseille dans un premier temps un suivi orthophonique. C'est l'orthophoniste qui établira un premier bilan pour évaluer l'importance du trouble et parler de dysphasie (ou non), et pourra ensuite proposer un suivi plus intense (entre 2 à 4 séances par semaine).
Un bilan neuropsychologique est nécessaire pour faire reconnaître officiellement une dysphasie. Tout comme pour les autres troubles dys, il s'agit d'un diagnostic par élimination : on vérifie qu'il n'y ait pas de déficit sensoriel, de troubles psychologiques, autistiques, de retard mental...L'enfant peut donc être amené à rencontrer d'autres spécialistes ou faire des bilans supplémentaires (psychologique, psychomoteur...) pour écarter certaines hypothèses. Ainsi, même si on peut très vite repérer le retard de langage (dès la maternelle), le diagnostic officiel de dysphasie est en général posé entre les 5 ans et les 8 ans de l'enfant.

LUMIERE SUR UN OUTIL D’AIDE...AraWord

Les outils d'aide vont varier en fonction du type de dysphasie, mais dans les deux cas, il est intéressant de trouver un outil permettant à l'enfant de s'exprimer par un autre support que celui de l'oral/écrit. L'utilisation de dessins ou de pictogrammes semble bien adapté.

Les pictogrammes permettent de souligner ce qui est dit à l'oral et de développer petit à petit le vocabulaire de l'enfant qui a des difficultés à comprendre ce qui lui est énoncé. Les élèves qui ont du mal s'exprimer à l'oral peuvent les utiliser pour formuler plus facilement une demande, expliquer leurs sentiments ou leurs idées.
On peut également s'en servir pour structurer le langage oral ou écrit en travaillant la syntaxe, sans passer par le code alphabétique : certains pictogrammes représentent des actions (verbes), des objets/animaux/personnes... (noms), expriment des notions de quantités (adverbes)...L'élève peut les utiliser pour réaliser une production "écrite", faire des demandes, etc.
Enfin les pictogrammes peuvent être associés à l'écriture du mot, et réunis sous une sorte d'aide mémoire ou de répertoire qui aidera l'élève dysphasique à appréhender plus facilement l'écrit.

Un travail peut être fait avec l'orthophoniste pour que la famille, l'école et les partenaires aidant l'enfant puissent tous utiliser les mêmes pictogrammes. Attention cependant, ceux-ci doivent être introduits progressivement, et on doit prendre le temps d'en expliquer le fonctionnement à l'élève. Il est indispensable d'associer le pictogramme à la parole (ou au mot écrit) pour que l'élève fasse peu à peu l'association mot/sens/image, apprenne à les nommer et à les utiliser.

L'outil le plus abouti sur ce point est probablement le Makaton. Il s'agit d'un programme d'aide à la communication et au langage, utilisant à la fois la parole, des signes et des pictogrammes. Vous trouverez davantage d'informations sur le site officiel : http://www.makaton.fr.
Cependant, même si cet outil est idéal et que nous recommandons fortement son utilisation, nous sommes conscients qu'il n'est pas accessible à tous : il nécessite une formation payante pour apprendre à maîtriser le matériel.

Si vous n'avez pas la possibilité de faire cette formation Makaton ou de le mettre en place, je vous propose aujourd'hui un outil alternatif gratuit, certainement moins poussé mais qui est un point de départ intéressant : l'outil AraWord, issu de AraSuite. Il s'agit d'un logiciel vous permettant de "transformer" des mots, des phrases ou de petits textes en pictogrammes.

Un exemple de phrase convertie en pictogrammes avec Araword.

Les plus :

  • Avec un outil numérique, vous n'aurez pas forcément besoin d'imprimer, plastifier, découper des pictogrammes...et éviter de chercher un moment celui que vous souhaitez utiliser au risque de faire tomber le paquet par terre...Cela n'empêche pas la manipulation sur le logiciel.  
  • La banque d'images proposée par l'outil est assez étendue, ce qui est déjà très intéressant pour un outil gratuit. Mais si une image vous manque, vous pouvez en rajouter à partir de l'onglet "outils", puis "gestion des ressources", et "Ajouter une image".
  • Vous devez écrire les verbes à l'infinitif pour faire apparaître l'image associée, ce qui pourrait être un inconvénient. Cependant vous avez la possibilité de modifier le texte ensuite. Vous pouvez donc utiliser une même image pour plusieurs mots de sens proche. Pourquoi ne pas utiliser également cette fonctionnalité pour faire un travail sur "retrouver l'infinitif d'un verbe" dans une phrase?
Voici un premier essai pour la phrase « Edumoov aide les maîtres et les maîtresses » : j'ai commencé par importer notre logo dans la banque d'images. Ensuite, j'ai dû mettre les verbes à l'infinitif et les noms au singulier pour obtenir les dessins. J'ai deux fois le même dessin pour "les".
Et voici la phrase après modifications : j'ai conjugué les verbes et fait les accords. J'ai modifié les images pour qu'elles correspondent mieux à ce que je voulais dire. 

Les moins :

  • L'installation n'est pas très intuitive, et il faut un peu tâtonner avant de maîtriser l'outil, surtout qu'il est téléchargé par défaut en espagnol. Vous pouvez trouver un bon tutoriel pour l'installation et le changement de langue ici : http://www.ortho-n-co.fr/2013/09/tutoriel-generer-des-phrases-en-pictos-avec-araword/ (ceci dit rien ne vous empêche de mettre vos élèves à l'espagnol, rions un peu).
  • Il n'est pas possible d'imprimer directement sa production à partir d'Araword. Il faut d'abord l'enregistrer sous un format PDF.
  • Ce n'est pas le logiciel le plus moderne du marché...Il présente quelques bugs, notamment si on veut faire "retour arrière". Mieux vaut sauvegarder régulièrement ses productions.