Chaque année, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la question de l'égalité des sexes revient sur le devant de la scène. Mais promouvoir l'égalité des femmes et des hommes, cela doit se faire tous les jours et dans tous les aspects de la vie. Dès le plus jeune âge, l'école joue un rôle important de socialisation et de sensibilisation à cette question. Cela nécessite d'être attentif au cadre d'enseignement, aux valeurs transmises mais aussi aux savoirs enseignés.

C'est quoi l'égalité filles-garçons ?

Statistiquement, les filles obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons dès l'école primaire. Elles redoublent moins, leur taux de réussite au diplôme national du brevet et au baccalauréat est plus élevé. Mais on constate que les parcours scolaires entre les filles et les garçons sont différents ainsi que leur devenir professionnel. Malgré leurs bons résultats, les filles investissent moins les filières scientifiques. C'est ainsi que seuls 30% des diplômes d'ingénieurs délivrés en 2015 concernaient des femmes.

Consciente de cette réalité, l'Education nationale a fait de l'égalité des sexes une de ses priorités. Dans son rapport "Filles et garçons sur le chemin de l'égalité" (2018), le ministère souhaite mettre en lumière ces disparités afin de les réduire.

Favoriser l'égalité entre les filles et les garçons ne consiste pas à les rendre identiques. Il est important de distinguer deux notions : "égal/inégal" et "identique/différent". Promouvoir l'égalité entre les sexes, c'est faire en sorte que ces différences, qu'elles soient innées ou acquises par socialisation, n'enferment personne dans des rôles prédéfinis et que les possibilités offertes à chacun et chacune soient les mêmes.

Etape 1 : prendre conscience des stéréotypes que l'école véhicule inconsciemment.

Malgré sa volonté de lutter contre les inégalités, le système scolaire contribue aussi à les reproduire. A l'école, les élèves intériorisent et confortent plusieurs rôles genrés et stéréotypes.
Par son nom, l'école "maternelle" véhicule l'idée que s'occuper de jeunes enfants requiert des qualités attribuées aux mères, pas aux pères. D'ailleurs 96% des enseignant(e)s de maternelle sont des femmes.
Plus l'âge des élèves augmente, plus il y a d'hommes enseignants : 83% d'enseignantes dans le premier degré contre 58% dans le secondaire et seulement 39% dans le supérieur.

source : MEN,2017

Enfin, les métiers subalternes sont quasiment toujours exercés par des femmes (ATSEM, ménage, secrétariat) tandis que les postes de direction et d'encadrement ou d'inspection sont plus souvent exercés par des hommes.
Le but est donc de travailler à favoriser l'égalité dans une organisation scolaire qui n'a pas encore atteint elle-même ce qu'elle souhaite construire et diffuser.

Etape 2 : changer les habitudes dans la classe et au sein de l'école.

Avant d'évoquer explicitement en classe la question de l'égalité entre filles et garçons, il peut être utile de s'interroger sur ses pratiques de classe et au sein de l'école. Avant les paroles, ce sont avant tout les actes et les habitudes des adultes et de leurs pairs qui socialisent les enfants dès le plus jeune âge. Prendre garde à ne pas transmettre inconsciemment les stéréotypes, c'est déjà un grand pas vers l'égalité.

En classe

  • Les coins jeux en maternelle : même si tous les élèves peuvent y avoir accès, on constate que ces espaces ne sont pas investis de la même manière par les filles et les garçons. Les unes et les autres ont déjà tendance à privilégier les coins conformes à leurs rôles de sexes et en faire une utilisation différente. Un premier pas pourrait consister à leur donner des noms qui ne soient pas stéréotypés ("coin maison" au lieu de "coin poupées", "coin ville" au lieu de "coin garage" par exemple). On peut également proposer des jeux peu connotés et incitant à la mixité (coins déguisements, construction, marionnettes, etc). L'enseignant(e) peut également organiser des ateliers dirigés pour guider l'appropriation des différents espaces par tous les élèves, filles ou garçons.
  • Le langage : de manière involontaire, des stéréotypes peuvent être véhiculés par le langage. Voici quelques réflexes pour instaurer des pratiques langagières égalitaires : utiliser des formules inclusives (par exemple en marquant la présence du masculin et du féminin : "les jardiniers et les jardinières ont planté des arbres" ou en pensant à utiliser le féminin de certains métiers comme "la professeure" en s'aidant de ce guide de l'Institut national de la langue française), utiliser un vocabulaire épicène (des termes pouvant désigner des personnes des deux sexes ("les enfants", "les élèves", le corps enseignant"), éviter certains termes ou expressions stéréotypés ("l'heure des mamans" --> "l'heure des parents", "mademoiselle", "garçon manqué") ou certains qualificatifs pour parler principalement des filles (bavardes...) ou des garçons (agités...).
  • Les interactions en classe : la prise de parole en classe est différente selon les sexes. Les études tendent à montrer que les garçons mobilisent 55% des temps de parole, contre 45% pour les filles. Cette différence proviendrait des interventions spontanées des garçons, qui auraient davantage tendance à répondre sans lever le doigt. Bien que toutes les recherches ne soient pas convergentes, certaines montrent que les garçons sont davantage interrogés dans les disciplines scientifiques et les filles dans les disciplines littéraires. Voici quelques pistes pour mettre en place une gestion égalitaire des interactions sur les plan quantitatif et qualitatif : bien réguler les prises de parole spontanées, interroger alternativement une fille et un garçon, cocher sur une liste les enfants interrogés ou bien suivre l'ordre des rangées ou alphabétique, diversifier les types de sollicitations adressées aux filles et aux garçons.
  • Le placement des élèves en classe : quelle que soit la disposition des bureaux des élèves, il est fréquent de constater que les enseignant(e)s optent pour une alternance entre fille et garçon. On cherche ainsi bien souvent à canaliser l'agitation des garçons par le calme supposé des filles. Il faut veiller à ne pas renforcer par ce système de placement les attentes différenciées selon le sexe.
  • Les supports d'apprentissage : veiller à ne pas véhiculer de stéréotypes dans les énoncés et les images proposés. Par exemple, prendre soin de montrer des représentations mixtes des métiers, en particulier ceux traditionnellement considérés comme féminins ou masculins. Même chose pour les rôles domestiques, l'habillement, les couleurs, etc.

Dans la cour de récréation

  • Les espaces de la cour : l'occupation de la cour de récréation est différenciée et inégalitaire, entre les plus grands et les plus petits et entre les filles et les garçons. On observe souvent une occupation centrale de l'espace par des jeux de ballons, majoritairement masculins, tandis que les autres enfants, notamment la plupart des filles, sont relégués à la périphérie de la cour pour jouer à des jeux plus calmes (discussions sur un banc, jeux d'imitation ou à l'élastique). Pourtant, une réflexion sur les espaces peut emmener une occupation plus égalitaire. On peut par exemple modifier la superficie, la localisation ou le marquage de certains espaces. On peut aussi proposer des jours "sans ballon".
  • Les activités proposées : il est possible de proposer des jeux de cour peu sexués sur le plan des représentations : échasses, tricycles, et autres plots d'équilibre. On peut aussi, en cours d'EPS, doter les élèves d'un répertoire de jeux collectifs favorisant la mixité.

Etape 3 : aborder explicitement la notion d'égalité filles-garçons en classe.

En éducation morale et civique

  • Faire de l'éducation aux médias et à l'information : étudier des productions médiatiques et culturelles véhiculant des stéréotypes et inégalités : affiches publicitaires, émissions, jeux vidéo, revues, etc. Le CLEMI (centre pour l'éducation aux médias et à l'information) propose chaque année le Concours "zéroclichés" ainsi que des ressources pédagogiques.
  • Organiser des débats et des séances : pour interroger les stéréotypes, distinguer l'inné de l'acquis (corps, attitudes, vêtements, couleurs, jouets, métiers, tâches domestiques, etc).
    Dans Les garçons et les filles de la collection Les goûters philos, vous trouverez des situations de départs pour lancer des débats (voir bibliographie en fin d'article).
    Trois vidéos de Vinz et Lou traitent du sujet et peuvent aussi constituer un point de départ.
    L'association EMC Partageons propose des séances pour travailler spécifiquement l'égalité filles-garçons en cycles 2 et 3.
    La ligue de l'enseignement propose un livret intitulé "Cassons les clichés", à destination des cycles 2.
    Enfin, voici un dossier de 17 fiches pédagogiques pour l'apprentissage de la mixité : séances, documents élèves, de la maternelle à la troisième.

En étude de la langue et rédaction

  • Ecrire l'histoire d'un personnage dont on ne pourrait pas déterminer le sexe : pour apprendre à écrire de manière inclusive et pour questionner les représentations sexuées suscitée par certains mots, on peut inviter les élèves écrire une histoire à la manière de Bernard FRIOT, dans Histoires pressées, éditions Milan, 1999, page 17.

En Histoire et géographie

  • Rendre visibles les femmes dans l'histoire : les très célèbres Cléopâtre, Jeanne d'Arc, Olympe de Gouges ou Marie Curie, mais aussi les moins célèbres, comme Ada Lovelace, auteure du premier programme informatique, Indira Ghandi, première femme élue pour gouverner un pays ou encore la jeune Malala Yousafzai, militante pour l'éducation des filles. Vous trouverez dans l'album Les femmes qui ont fait bouger le monde les portraits de quelques dizaines de femmes remarquables.
  • Construire une chronologie de quelques grandes étapes de l'égalité entre les femmes et les hommes en la France. Par exemple :
    - 1881 : enseignement primaire obligatoire pour les filles comme pour les garçons.
    - 1907 : Les femmes mariées peuvent percevoir leur salaire.
    - 1944 : droit de vote et d'éligibilité des femmes.
    - 1947 : première femme ministre.
    - 1965 : le mari n'est plus le « chef de famille ». La femme peut exercer une profession et ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation du mari.
    Etc.
  • Prendre conscience des disparités de droits des filles et femmes dans le monde : scolarisation, accès aux soins, droit de vote, violence, salaire, etc.
    Concernant le droit de vote des femmes dans les pays démocratiques, voici une toute petite vidéo du site 1jour1actu.

En histoire des arts

  • Rendre visibles des femmes artistes et leurs œuvres : Mary Cassatt, Frida Kahlo, Camille Claudel, Billie Holliday, Coco Chanel ou encore Niki de St Phalle, etc.
  • Etudier au travers des œuvres la représentation de la femme et de l'homme selon les époques : corps, activités, vêtements, attitudes, etc. Il est très intéressant de constater que certaines normes considérées comme féminines aujourd'hui ne l'étaient pas autrefois. Par exemple, au temps de Louis XIV, les aristocrates portaient des perruques longues, des chaussures à talon, se maquillaient. Vous trouverez sur le site de l'Histoire par l'image un dossier avec de nombreuses œuvres représentant des femmes classées par thèmes.

En EPS

  • Tenir compte de la socialisation au risque et à la prudence différenciée entre filles et garçons : dès le plus jeune âge, les petits garçons sont davantage poussés à pratiquer des activités motrices, tandis que les petites filles sont invitées à plus de prudence. De plus, l'habillement peut également entraver leur motricité : les sandalettes et les jupes n'incitent guère les fillettes à courir et à grimper partout. Cette socialisation différenciée peut induire des écarts de résultats en EPS entre les filles et les garçons. On peut permettre aux filles de reprendre confiance en elles en n'évaluant pas seulement la performance, mais aussi le geste technique, le respect des règles du jeu, la coopération ou encore l'esthétique. Cette courte vidéo d'Eduscol nous explique les enjeux de ce changement de regard en EPS.  
  • Proposer un vaste panel d'activités sportives : pour donner un répertoire d'activités varié, avec des objectifs différents, sans faire l'impasse sur les activités connotées du point de vue du genre comme par exemple le rugby ou la gymnastique. La pratique de certains sports peut être l'occasion de discuter en classe des stéréotypes véhiculés et de les déconstruire. A l'inverse, d'autres sports invitent à la mixité. L'ultimate, par exemple est un des seuls sports d'équipe où les hommes et les femmes peuvent jouer ensemble même au plus haut niveau de compétition. De plus, ce sport est auto arbitré et prône avant tout le fairplay. Un bel état d'esprit à faire découvrir aux élèves !
  • Faire de la danse en classe et en débattre : inspirée des standards de la danse contemporaine, la danse à l'école n'attribue pas de rôles différents aux garçons et aux filles. Cependant, la danse continue à être associée à un univers féminin. Filles et garçons risquent de ne pas s'y investir de la même manière. En débattant avec les élèves de leurs représentations concernant la danse, il est possible de réduire les résistances, notamment des garçons. On peut aussi s'appuyer sur des supports historiques ou d'actualité présentant des hommes pratiquant la danse : le hip hop, les danses traditionnelles, le haka des maoris, les danseurs des émissions télévisées de danse ou encore la capoeira, à mi-chemin entre la danse et les arts martiaux.

En littérature de jeunesse

  • Etudier des livres mobilisant des stéréotypes de sexe pour les déconstruire : un certain nombre d'albums de littérature de jeunesse véhiculent malgré eux des représentations de genre stéréotypées, à commencer par les contes. Ceux-ci font partie de la culture et il n'est pas question de se passer de leur lecture, mais il peut être intéressant de pointer avec les élèves les stéréotypes qui y sont présentés. Dans des albums plus récents, nombre des rôles occupés par les adultes sont traditionnels (les mamans s'occupent des enfants, dans la maison, tandis que les papas travaillent, ont des activités en extérieur ou jouent avec leurs enfants). Les illustrations des personnages, particulièrement lorsque ce sont des animaux anthropomorphes, insistent souvent sur les caractéristiques physiques sexuées : cheveux longs, robes, cils, etc.  
  • Etudier des livres évoquant l'égalité entre les filles et les garçons : De plus en plus d'albums proposent désormais une vision plus neutre des rôles de sexe, voire une réelle réflexion sur les stéréotypes. La maison d'édition Talents Hauts propose de nombreux titres sur la question du genre. Voici également une intéressante bibliographie présentant 100 albums pour l'égalité entre filles et garçons.
    Voici enfin ma petite sélection personnelle, du cycle 1 au cycle 3 :