Préoccupations d'enfant : des livres pour en parler #1

Certains de nos élèves ont des préoccupations qui les empêchent d'être bien en classe et donc d'entrer dans les apprentissages. En parler avec eux peut alléger un fardeau bien lourd à porter. Des livres nous y aident et nous permettent de trouver les mots et ainsi être capables de nommer, définir et expliquer les choses d'une manière adaptée à l'âge des enfants et aussi apaiser leurs inquiétudes.

Des parents ne se sentent pas capables d'en discuter avec leur enfant, même si celui-ci en fait la demande explicite. L'école peut être le lieu qui permet cet accès à l'information. Osez aborder ces sujets ; ce sera bénéfique pour l’enfant. Cela peut être en groupe classe, en petit groupe, juste avec un enfant ou quelques enfants "demandeurs".
Certains parents peuvent refuser d'aborder un sujet pour protéger ou ne pas exposer leur enfant. Prenez le temps d'en parler avec eux si c'est possible. Conseillez-leur des interlocuteurs et des livres pour les aider à en parler.

Vous, enseignant·e, échangez avec vos collègues ou des partenaires pour ne pas vous sentir seul·e à porter une situation qui peut être écrasante.

La guerre

C'est en général par l'actualité que le sujet de la guerre est abordé. Une revue pour enfant est l'entrée idéale : 1 jour 1 actu, Mon Quotidien... L'enseignant veillera à rester neutre et à respecter la sensibilité des élèves, sans insister sur le sujet.
Sur Eduscol, il est précisé que...

il est crucial d'être attentif au « niveau de connaissance » que les élèves ont de l’évènement : certains élèves peuvent n’en avoir aucune connaissance ; d’autres ne disposer que d’éléments partiels, voire erronés, provenant de sources variées. Certains élèves auront pu quant à eux être exposés à des images voire des propos violents. Il faut aider à clarifier les termes entendus et répétés, pour que les enfants ne restent pas enfermés dans un présent dominé par la peur, l’inquiétude, l’incertitude et l’incompréhension.

L'idée générale sur ce sujet est de construire une réflexion contextualisée qui dépasse l'évènement étudié et qui s’inscrive dans le cadre des programmes (EMC, histoire, littérature, arts…).

L'UNICEF propose des ressources intéressantes sur my.unicef.fr/
Au-delà des nombreux ouvrages qui traitent des deux guerres mondiales, quelques livres sont utiles pour étudier et "mieux comprendre" les guerres.

Les questions des petits sur la guerre et les méchants

Les enfants se demandent souvent pourquoi il existe des personnes "méchantes" dans le monde. Cet album, adapté aux tout-petits, propose six contes traditionnels pour répondre à ces grandes questions. Il offre aux parents et enseignants un outil pour aborder avec leurs enfants le sujet difficile de la guerre, tout en les rassurant. Une occasion avec les élèves de PS de passer du mot "méchant" à des notions plus subtiles.

Les 2 guerres mondiales en BD

Cet ouvrage retrace les conflits de 1914-1918 et 1939-1945 qui ont profondément marqué le XXe siècle. Il aborde des thèmes variés : les soldats au front, la population civile, la montée du nazisme, la Résistance ou encore le débarquement allié. Pour mieux saisir ces périodes clés de l'histoire, le livre mêle plusieurs supports : des BD, des photographies d'époque, des pages documentaires et de grandes illustrations.

Afin de rendre les événements vivants, les auteurs s'appuient sur des destins individuels : un poilu, une survivante de la Rafle du Vél' d'Hiv', De Gaulle… Des portraits qui aident les lecteurs à comprendre ces deux guerres à travers des expériences humaines concrètes.

Sur la deuxième guerre mondiale, les séries de BD Les enfants de la Résistance et Les grandes grandes vacances sont très appréciées des élèves intéressés par cette période. La première série a donné lieu à un film sorti en 2026. La seconde série, basée sur une vingtaine de témoignages de personnes ayant eu 5 à 15 ans à l'époque, est tirée d'une série télé disponible sur France.tv.

L'article Migrants et réfugiés : des livres pour en parler peut également vous donner des pistes.

Des interlocuteurs

Il n'y a pas d'interlocuteur spécifique à ce sujet. L'essentiel est d'adapter le discours à l'âge de l'enfant, de répondre à ses questions sans en dire trop, et de le rassurer sur sa propre sécurité. Un grand-parent ou un psychologue sont de précieux partenaires qui peuvent trouver des mots qui apaisent l'enfant.

La mort

La mort fait peur à la plupart des adultes, qui ont parfois tendance à protéger l'enfant en lui cachant la vérité. Mais les enfants ressentent le chagrin autour d'eux. Les inclure, avec des mots justes et doux, les aide à traverser cette épreuve et à grandir avec une vision apaisée de la vie et de la mort.

Vous pouvez conseiller des lectures aux parents, que vous aurez pris soin de lire ou au moins parcourir pour savoir en parler un peu et être à l'aise pour les recommander. Parmi les nombreux ouvrages sur ce thème que vous trouverez en bibliothèque ou librairie, voici quelques choix.

Mes p'tits pourquoi - La Mort

Le papi d'Alice vient de mourir, et Alice se pose mille  questions : souffre-t-il ? A-t-il faim ? soif ? froid ? S'ennuie-t-il ?  Son papa la rassure : "Le corps de Papi ne sent plus rien, ni les bobos  ni les câlins. Il est mort, c'est tout."

Ce tome de la série MES P'TITS POURQUOI aborde le sujet de la mort en partant de l'expérience de la petite Alice, qui vient de perdre son grand-père. L'album traite du deuil avec sensibilité. Une lecture accompagnée permettra à l'enfant de mettre des mots sur ce qu'il ressent.

Est-ce qu'il dort ?

Poc et moi, on aime bien s'asseoir sur la vieille souche pour regarder les oiseaux qui volent à toute vitesse. Quand on en a marre, on prend le chemin du pré jaune, pour aller écouter notre oiseau préféré, le merle. Mais, aujourd'hui, il n'est pas là. On l'a cherché un peu partout et c'est finalement sur le sentier qu'on l'a trouvé. Il était allongé, tout tranquille. Il devait sans doute dormir. Alors on s'est assis en silence et on a attendu qu'il se réveille...

Deux amis, Écureuil et Poc le champignon, ont leurs petites habitudes : ils observent les oiseaux depuis leur souche préférée avant d'aller rendre visite au merle, dont ils adorent le chant. Un matin, le merle est introuvable, ce qui pousse les deux compères à le chercher dans toute la forêt. Ils finissent par le découvrir immobile sur un sentier, et concluent naturellement qu'il est en train de faire une sieste. Ils s'installent alors patiemment à ses côtés, convaincus qu'il va rouvrir les yeux d'un moment à l'autre. C'est Poc qui, le premier, ose mettre des mots sur ce que tous pressentent sans vouloir l'admettre : le merle est mort. Accompagnés de Günther la souris, les amis organisent alors une cérémonie d'adieu empreinte de tendresse pour honorer leur compagnon disparu. L'album aborde ainsi avec une grande douceur, en passant par des personnages animaux, les étapes du deuil et se conclut sur un message d'espoir : ceux qu'on aime ne disparaissent jamais vraiment, ils continuent de vivre dans nos souvenirs.

Au revoir maman

Il y a quelques temps, nous avons dit au revoir à Maman.
Je ne sais pas très bien où elle est partie.
Je l'ai cherchée partout.
Mais tout ce que j'ai trouvé, ce sont ses affaires.
Elle a dû oublier de les prendre.

Racontée à la première personne, cette courte histoire illustrée présente un petit garçon dont la mère est décédée. Avec un ton factuel et dépouillé, tant dans le texte que dans les illustrations, l'autrice évite tout excès émotionnel. Cette sobriété permet d'aborder le deuil en évoquant toutes les émotions que l'enfant peut éprouver face à la mort : colère, culpabilité, tristesse... On retrouve aussi dans ce récit la possible alternance de ces moments négatifs avec des moments plus positifs. Malgré cette épreuve qu'il subit, l’enfant est entouré de gens qui l’aiment.

À la vie à la mort

Pourquoi ça fait du bien d'en parler ?

Il s'agit d'un documentaire dont voici le sommaire pour vous donner une idée des thèmes et questions abordées :

Si les petits disposent de nombreux albums sur le sujet, les plus grands, eux, se retrouvent souvent seuls avec des interrogations de plus en plus profondes et des ressentis difficiles à formuler. C'est précisément ce vide que cet ouvrage cherche à combler, en proposant un espace de lecture bienveillant et rassurant.

Organisé en quatre grandes parties, il commence par expliquer ce qu'est la mort d'un point de vue factuel avant d'explorer la façon dont chacun peut vivre intérieurement cette épreuve. Des situations spécifiques comme la disparition soudaine, le suicide ou la mort d'un animal de compagnie sont également traitées avec soin. Le livre s'ouvre également sur une dimension universelle en parcourant les rites et croyances de différentes cultures à travers le monde, montrant que le besoin de donner un sens à la mort est profondément humain.

Le style adopté est direct mais doux, avec un "tu" qui interpelle personnellement le lecteur et l'encourage à mettre des mots sur ce qu'il ressent. Pour finir, l'ouvrage propose des pistes d'actions concrètes pour avancer — tenir un journal, inventer ses propres rituels, prendre du recul — ainsi qu'une sélection de livres, films et contacts utiles pour ne pas rester seul face au chagrin. Très instructif, même pour nous les adultes qui encadrons des jeunes.

Des interlocuteurs

En premier lieu, ce sont les parents, s'ils en ont la capacité, qui sont là pour écouter et rassurer leur enfant. D'autres membres de la famille peuvent tenir ce rôle : grands-parents, frère/sœur, adulte, autre adulte de confiance et de l'entourage proche de l'enfant. Médecin et psychologue sont également disponibles si cela ne suffit pas. Enfin, il existe des associations spécialisées dans le deuil de l'enfant ; vous en trouverez en cherchant sur le web, près de chez vous.

Le cancer

Aborder le cancer avec un enfant peut sembler intimidant, mais c'est une conversation bénéfique, à condition d'adapter le discours à l'âge et aux besoins de l'enfant. Comme pour le sujet de la mort, l'essentiel est de donner des informations vraies, formulées simplement. Les enfants ressentent quand quelque chose ne va pas : le silence ou les non-dits génèrent souvent plus d'angoisse que la vérité.
Les albums jeunesse sont d'excellents outils d'ouverture : ils permettent d'aborder le sujet à distance, à travers des personnages, ce qui peut être moins effrayant que d'en parler directement.

Monsieur cancer veut toute la place

Une histoire sur une cellule déréglée

Cet album très simple permet d'aborder avec un enfant dès trois ans le principe de multiplication cellulaire, de cellules immunitaires et de chimiothérapie. L'histoire raconte ce qui se passe à l'intérieur du corps humain quand une cellule commence à se comporter de façon anormale : elle grossit et se reproduit sans s'arrêter. En s'accumulant, ces cellules incontrôlables forment une masse imposante qui prend de plus en plus de place, au détriment des cellules saines. C'est ce personnage envahissant qu'on appelle "Monsieur Cancer". Face à cette menace, les médecins entrent en action grâce à un traitement puissant qui parvient à venir à bout de l'intrus.

L'objectif du livre est de donner aux jeunes enfants les mots simples pour comprendre ce qu'est cette maladie, en dédramatisant le sujet grâce à une approche imagée et bienveillante.

La copine de Lili a une maladie grave

Dans ce tome de la série Max et Lili, le jeune lecteur autonome découvre que Zigzou, la copine de Lili, a un cancer. Avec son foulard, elle se sent différente, mais elle a quand même besoin de ses ami·e·s. Sont abordées ici la peur de la maladie et du choc qu’elle provoque dans la famille, l’inquiétude des proches ainsi que la difficulté de s’habituer aux médicaments.
Le récit explore aussi ce que ressentent Lili, Max et leur famille face à cette situation : la peur, l'inquiétude, la maladresse parfois, et la difficulté de trouver les bons mots. Il met en avant l'importance du soutien des proches, en montrant que ce dont un enfant malade a avant tout besoin, c'est de se sentir entouré normalement, sans être regardé avec pitié ou gêne.
Le message central est que traverser une telle épreuve, aussi douloureuse soit-elle, peut rendre les gens plus forts et leur apprendre à apprécier davantage les choses simples de la vie.

Comment maman a tué le chef des pamplemousses

Camille Génié et son fils ont partagé leur histoire avec l'autrice Pascale Bougeault, qui l’a transformée en album.
C'est ce petit garçon qui raconte comment sa mère est tombée malade. Pour lui faire comprendre ce qui se passait dans le corps de sa maman, l'image des "pamplemousses" a été utilisée pour représenter les cellules malades. Le livre accompagne toutes les étapes du traitement : la découverte du diagnostic, les séjours à l'hôpital, les consultations médicales. L'enfant y exprime librement ce qu'il vit intérieurement, ses angoisses comme ses interrogations. L'autrice a attaché de l'importance à ancrer ces moments et ressentis dans le quotidien, ce qui en fait un témoignage où l'on se sent proche des protagonistes.

A lire : Interview de la maman

Des interlocuteurs
Des professionnels comme les psychologues des services d'oncologie pédiatrique, les assistantes sociales hospitalières ou les associations spécialisées (comme la Ligue contre le cancer) peuvent accompagner les familles et les aider à trouver les bons mots.

En guise de conclusion

Il peut être intéressant de mutualiser ces ressources. Parlez-en en équipe de cycle, d'école, de réseau. La bibliothèque de quartier ou de la commune peut investir et être de bon conseil pour des livres sur l'ensemble de ces sujets.
Les enseignants référents, les maîtres·ses E et G ainsi que les psychologues ou médecins scolaires sont des partenaires précieux si vous vous sentez seul·e·s à porter la situation.


Articles connexes :