Aujourd’hui, Edumoov vous fait voyager… Direction Portland en Oregon, dans le nord-ouest des États-Unis ! Portland et ses sapins gigantesques, son ouverture d’esprit, le Mont Hood qui veille sur la ville… Nous partons à la rencontre de Mélissa, professeure des écoles, installée ici depuis août 2021. Elle enseigne en CP à l’Etoile French Immersion School, une école d’immersion française où elle partage son enthousiasme contagieux avec ses collègues et ses élèves.

1- Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Mélissa Femenia et j’ai 30 ans. J’ai obtenu mon concours en 2018. J’ai travaillé 2 ans dans l’Yonne en Bourgogne en tant qu’enseignante titulaire. Pendant mon année en tant que stagiaire j’ai eu un triple niveau dans un RPI - PS/MS/GS avec 30 élèves. Après ma titularisation, j’ai eu à mi-temps des CE2 complété par une stagiaire, un jour par semaine dans un IME puis un jour en tant que brigade. La deuxième année j'étais décharge de direction donc j’avais une classe de CM1/2 - une classe de PS/MS, une classe de CE2 et une classe de CE1.

Je suis sociable, empathique et généreuse. En revanche, je suis impatiente quand je désire quelque chose, mais la championne de la procrastination!

2 - Pourquoi enseigner aux États-Unis ? Pourquoi Portland ?

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être enseignante. Ensuite pourquoi les États-Unis ? Je m’en souviens comme si c'était hier, j’ai 12 ans je suis en cours d’anglais et ma prof nous annonce que Barack Obama est le premier président noir des États-Unis. Je me dis alors que tout est possible et que je veux vivre dans ce pays. J’ai appris l’anglais en regardant un millier d’heures de séries américaines, obtenu ma licence LLCE anglais et pendant ma première année de master MEEF j’ai postulé pour faire mon stage du second semestre aux États-Unis. J’ai été prise et envoyée à l’Etoile French Immersion school à Portland, pendant trois semaines. Trois ans après je suis titulaire, je vis à Auxerre et je reçois un mail de la directrice de cette même école qui me propose de candidater pour un poste en CP. J'obtiens le poste et je déménage quelques mois après. Je n’ai pas vraiment choisi Portland, c'était juste l'opportunité dont j’avais toujours rêvé.

3-  L’organisation de l’école, c’est différent ?

Les relations au sein de l'école sont totalement différentes par rapport à la France et c’est ce que je préfère ! J’ai la chance d’avoir rencontré des collègues incroyables en 5 ans qui aujourd’hui pour certains sont de vrai·e·s ami·e·s. En tant qu’expatriée, les relations sont beaucoup plus intenses et rapides. Loin de tout et de tout le monde, les personnes avec qui tu passes tes journées deviennent vite une deuxième famille quand les personnalités s’accordent. On est un peu tous dans le même bateau, peu importe les différentes raisons qui nous ont poussées à partir, alors cela nous rend beaucoup plus désireux de se serrer les coudes, de s'entraider quand vient la saison des impôts ou de se réconforter lorsqu’on a le mal du pays.

Avec les parents, la relation est incomparable. Dans une école privée (au sens strict du terme, aux États-Unis), tu comprends très vite que les parents payent pour un service et que tu dois être à la hauteur de leur investissement. Surtout pour les américains qui dépensent des milliers de dollars pour l'éducation de leurs enfants. Mais la mentalité est différente, et globalement les parents nous font confiance, nous respectent et sont reconnaissants de ce que nous apportons à leurs enfants. Les échanges de mails sont plus fréquents et tout le monde s’appelle par son prénom. C’est très personnel et pas forcément la norme mais moi je suis assez proche de certaines familles d'élèves. Je vais dîner chez/avec eux et parfois je babysit mes anciens élèves.

Chaque semaine, on a une heure de réunion par cycle et un conseil de maîtres (tous niveaux) par mois. On a une semaine complète de pré-rentrée, remplie de réunions puis de temps dans nos classes pour s’organiser et arranger la classe. Le vendredi matin de cette semaine de pré-rentrée, les parents et élèves sont invités à rencontrer leur enseignant puis à midi un grand pique-nique est organisé dans la cour. Quand le soleil est encore là, les after-work au pub sont fréquents. On décompresse, on débriefe... En revanche, en élémentaire, on a une heure de pause méridienne et souvent nous sommes de service pour les repas et les récréations. On mange avec les enfants et on surveille la récréation.

4 -  Et le contenu des programmes ?

Etant donné que nous sommes une école homologuée, partenaire de l’AEFE nous suivons les programmes français (au moins pour le français, les maths, l'histoire, et les sciences). Nos élèves qui entrent ensuite dans le système américain n’ont pas de lacunes. A noter que le niveau de mathématiques aux US est bien plus élevé en fin de CM2 donc les enseignants préparent les élèves, et abordent des notions habituellement vues en sixième.

5 - Une journée-type à l’Etoile, ça ressemble à quoi ?

Au niveau du rythme, c'est 8h-15h,  5 jours par semaine. C’est difficile lorsqu’on arrive de France mais, à mon sens, plus en adéquation avec les capacités des enfants. Il y a une récréation le matin de 30 minutes et une pause à midi d’une heure (30 minutes pour manger/30 minutes de récréation) puis classe de 13h à 15h.

Il y a aussi d’autres enseignants : les spécialistes. Ils enseignent le sport et l’art (français), il y a un prof de musique et techno (américain mais qui parle plutôt bien français) et les profs d’anglais (natifs américains).  En CP, j’ai 8 heures de décharge par semaine. Mes élèves sont avec les spécialistes, donc je suis déchargée de mes élèves. Je peux préparer ma classe, faire mes corrections etc. Il y a un service d’accueil le matin de 7h30 à 8h puis après l'école de 15h à 18h. Sur les temps après l'école, de nombreuses activités sont proposées (sport, musique, art...).

6 - En quoi le rythme est-il différent de la France ?

L’année est en soi aussi longue qu’en France mais organisée différemment. Nous avons 2 semaines à Noël, et une semaine en octobre, février et avril. S'ajoutent aussi 3 jours off pour Thanksgiving et les quelques jours fériés (Labor day, Memorial day, Martin Luther King day...) qui sont toujours des lundis. L’année scolaire se termine mi-juin.

Deux fois dans l’année, nous avons deux jours banalisés réservés aux rencontres parents/professeurs. Ces jours-là, les enfants n'ont pas classe.

Une fois par période nous avons une journée pédagogique (jour entier ou demi-journée parfois). Ce temps est réservé pour des réunions d'écoles, du temps libre pour préparer les rencontres avec les parents, rédiger les appréciations et remplir les livrets scolaires (2 par an), etc.

Nous avons également la possibilité, sur la base du volontariat, de partir en stage pédagogique une fois par an. Les stages durent trois jours et sont souvent au Canada (Montréal, Ottawa) ou ailleurs dans les États-Unis (San Francisco, Dallas, Chicago...). Tous les frais de déplacement, d'hôtel et de nourriture sont pris en charge et les stages sont très qualitatifs. Les conseillers pédagogiques de la zone (Canada/USA) sont extrêmement compétents, et ils visitent également nos écoles donc ils connaissent nos conditions de travail et ont pleinement connaissance du contexte (multilingue et multiculturel) dans lequel nous enseignons. Et puis c’est l’occasion de croiser des collègues de toute la zone, d'échanger sur nos expériences et nos écoles. C’est un peu une ambiance de colonie de vacances.

Le dernier jour d'école avec les enfants est un mercredi, une demi journée de classe suivie par un pique-nique avec tout le staff et les familles. Le jeudi et le vendredi sont consacrés au rangement et au nettoyage des classes.

7 - Ce que tu préfères à l’école ici ?

Ce que je préfère ici c’est la relation avec les familles. La plupart nous traitent comme des professionnels et nous font confiance. Ils nous respectent et montrent leur reconnaissance. Il y a un vrai sens de communauté et d’appartenance propre à la culture et nourri par l’administration. Les parents sont aussi globalement beaucoup plus présents et investis dans l'école. Il y aussi The teacher appreciation week, une semaine où chaque jour, les enfants ont des petites attentions pour les enseignants de l’école (chocolat, fleurs, cartes, café). Pour Noël et à la fin de l’année, la directrice organise une fête chez elle et invite l'intégralité du staff.

Ensuite, ce sont les conditions de travail. Les heures de prep' (les heures déchargées des élèves, ndlr) sont un luxe, le budget de classe n’est pas illimité mais il est largement suffisant pour offrir aux enfants une belle classe, du bon matériel et des ressources pédagogiques en grande quantité (matériel pour manipuler, fichiers individuels, albums et séries...).

Et puis le salaire est bien sûr plus élevé et permet un niveau de vie supérieur même si tout est beaucoup plus cher aux US.

8 - Ce que tu kiffes le plus dans ta vie à Portland ?

J’aime plus ma vie aux US que ma vie à Portland en particulier. L’Oregon est un très bel état et Portland n’est qu’à quelques heures de la montagne, la forêt, la plage et le désert. Mais je suis plus attachée aux souvenirs que je me suis faits et aux personnes que j’ai rencontrées plutôt qu’à la ville.

Ici, j’aime la mentalité des gens, la façon dont les américains élèvent leurs enfants, mon niveau de vie, l’immensité et les opportunités que tu peux te créer plus facilement. Les possibilités d'évoluer et de se former sont restreintes en France, ce n'est pas le cas ici. J’ai beaucoup appris et évolué dans ma pratique (mise en place d’une vraie classe flexible, travail en plan de travail, utilisation d’Ipads dans la classe..) Et puis j’ai eu la chance d'être MAT* 3 ans d'affilée, c'était une super expérience.

9 - Question paperasse : les démarches pour partir enseigner aux États-Unis, ça ressemble à quoi ?

Ma situation est un peu particulière. Je n’ai jamais postulé pour un poste à l’étranger. Mais je sais que pour certain·e·s collègues, il a suffit d'un simple mail de candidature spontanée accompagné d'un CV.

Je suis en détachement depuis 5 ans et j’ai eu l’occasion de monter les échelons et de cotiser pour la retraite ce qui est un plus. Mais il ne dure pas plus de 6 ans alors si le projet est de s’installer dans le pays sur le long terme cette solution n’est que provisoire. Il faut ensuite songer à la mise en disponibilité ou la démission.

Ensuite pour les visas c’est compliqué, c’est long, stressant et une quantité de paperasse infinie. Il faut vraiment être motivé·e ! J’ai commencé avec un J-1, un visa d'échange pour les enseignants. Il dure 3 ans et peut être renouvelé une fois pour 2 ans. Après cela, tu es obligé·e de quitter le territoire pour au moins un ou deux ans. Mon visa est maintenant expiré et j’ai demandé ma réintégration mais c’est très difficile parce que ce n'était pas mon choix. C’est malheureusement la réalité de l’expatriation : tu n'es pas légalement chez toi, les lois sont différentes et il n’y a pas d’autres choix que de s’y plier.

10 - Quels·s conseil·s donnerais-tu à un·e enseignant·e qui souhaiterait partir enseigner à l’étranger ?

Si tu en as vraiment envie, peu importe le pays ou la durée, fais-toi ce cadeau ! Ne te décourage pas. C’est extrêmement difficile (tout quitter, apprendre une langue et une nouvelle culture, faire les démarches, faire face à l'administration d’un autre pays, se retrouver seul·e à l’autre bout du monde) mais chaque minute de tout ce processus en vaut la peine et rien ne vaut la fierté que tu auras de l’avoir fait !

Propos recueillis en juin 2026

Un grand merci à Mélissa pour son partage d'expérience. Nous lui souhaitons une bonne continuation dans ses nouveaux projets.

* MAT : Maitre d'Accueil Temporaire