Dans le premier épisode de cette série sur les EIP, nous avons tenté de comprendre ce qu'est la précocité intellectuelle et quelles influences, positives ou négatives, celle-ci pouvait avoir sur les apprentissages et les relations sociales à l'école. Dans ce deuxième volet, voyons maintenant comment les repérer en classe ainsi que la place de la famille dans le processus de reconnaissance.

Certes, tous les enfants sont différents, mais les EIP sont reconnaissables à certaines caractéristiques (voir épisode 1 sur le EIP). En fonction de celles-ci et de leur caractère individuel, ils s'adaptent plus ou moins bien au système scolaire. La typologie de Georges Betts et Maureen Neihart (1988, Canada), définit six profils d'adaptation. Il ne s'agit pas ici de ranger les EIP dans des cases mais de définir quelques profils types faciles à repérer. Ceux-ci n'ont rien de figés : un élève pourra se trouver à la frontière entre plusieurs profils ou bien changer de profil au fil de sa scolarité.

Les différents profils d'élèves précoces

Je parie que vous avez reconnu au moins un de vos élèves parmi ces 6 profils ;)
Si vous vous questionnez sur l'éventuelle précocité d'un de vos élèves, il vaut mieux éviter de poser soi-même un diagnostic avant d'avoir réellement fait tester l'enfant.

Vous trouverez également sur Eduscol, dans le nouveau Vademecum "Scolariser un élève à haut potentiel", des grilles d'aide au repérage adaptées aux différents âges : maternelle, élémentaire et collège.

Quelle est la place des parents dans le processus de reconnaissance ?

Les parents jouent un rôle important aussi bien dans la reconnaissance de la précocité intellectuelle de leur enfant que dans l’accompagnement de celui-ci tout au long de sa scolarité.

Avec l'accord des parents, vous pouvez demander une évaluation psychométrique (test de QI) et/ou un bilan psychologique auprès du psychologue scolaire (ou d'un psychologue libéral, mais dans ce cas, le test est assez onéreux). Cette analyse permettra d’envisager les pistes de réponses pour accompagner au mieux l'élève précoce. Dans certains cas, il peut être fait appel au médecin scolaire, notamment si l'élève présente des troubles psychologiques sérieux, comme une dépression infantile, ou des troubles des apprentissages associés (TDAH, troubles dys, etc).

Lorsque le diagnostic de la précocité est officiellement posé, les parents peuvent osciller entre différentes attitudes :

  • L’acceptation : le bilan réalisé leur permet de donner du sens aux spécificités ou aux difficultés de leur enfant.
  • L’interrogation : ils ne savent pas quelle attitude adopter vis à vis de la précocité de leur enfant.
  • Le refus : ils ne parviennent pas à accepter le diagnostic, surtout si leur enfant est en difficulté scolaire.

Il est donc important de les rassurer et de les impliquer le plus possible en les informant très régulièrement des mesures mises en place et de leurs effets. Leur accord est indispensable. La reconnaissance de la précocité peut aider également les parents à changer leur regard et leur comportement à l'égard de leur enfant. Si besoin, on peut leur conseiller la lecture du fascicule canadien "Le voyage. Guide à l'intention des parents ayant un enfant doué et talentueux", d'un ouvrage sur la précocité intellectuelle (voir bibliographie) ou les diriger vers une association de parents d'enfants précoces (ANPEIP ou AFEP).
Il est important aussi de s'intéresser au fonctionnement intellectuel et affectif de l'enfant à la maison, à ses intérêts et ses passions. Les parents connaissent leur enfant mieux que quiconque et sont à même d'apporter à l'équipe éducative des éclairages différents sur ses aptitudes ou sa personnalité, pour en tenir compte dans les adaptations mises en place à l'école.
Selon les psychologues spécialisés, il est préférable que l'enfant soit informé de sa précocité dès qu'elle est détectée. Il y a peu de risques que cela lui fasse "prendre la grosse tête". En effet, les EIP sont souvent très lucides quant à leurs différences avec leurs petits camarades et, faute de compréhension, peuvent souffrir d'une mauvaise estime d'eux. Mettre des mots sur ces différences peut représenter un vrai soulagement et suffit parfois à résoudre certains problèmes de comportement.
L'important est donc d'établir une relation de confiance mutuelle entre les parents, l'enfant et l'école.

En bref

Comme nous avons pu le voir, les élèves intellectuellement précoces ne sont pas forcément les premiers de la classe. Si la majorité d'entre eux se porte plutôt bien et obtient de bons résultats malgré quelques différences avec les autres enfants, d'autres, en revanche, connaissent des difficultés scolaires et ou affectives et ont besoin d'une aide adaptée dès le plus jeune âge.
Vous trouverez dans le troisième et dernier épisode de cette série des pistes d'adaptations concrètes, inspirées de ce qui se fait dans d'autres pays, à mettre en œuvre en classe pour accompagner vos élèves précoces.

Bibliographie

  • Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante, Jean-Charles Terrassier, Editions ESF, 1981
  • Betts, G. T. & Neihart, M. (1988). Profiles of the Gifted and Talented. Gifted Child Quarterly, vol. 32 (2), pp. 248-253).
  • L'enfant surdoué, Jeanne Siaud Facchin, Editions Odile Jacob, 2002
  • L'épanouissement de l'enfant doué, Sophie Côte, Dr Ladislas Kiss, Editions Albin Michel, 2009
  • 100 idées pour accompagner les enfants à haut potentiel, Dr Olivier Reval, Roberta Poulin, Dorris Perrodin, Editions Tom Pousse, 2015
  • Et si elle était surdouée ? Un guide pour sensibiliser les parents, les enseignants et les autorités scolaires, Dorris Perrodin-Carlen, Editions SZH/CSPS, 2015
  • L'enfant doué, l'intelligence réconciliée, Arielle Adda, Hélène Catroux, Editions Odile Jacob, 2016

Sitographie